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                    Jacques Richard 

 

 

 

 

 

 

De la peinture comme résistance

 

Regard

 

Notes sur le dessin

 

 

 

Sur le style

 

 

Pourquoi sommes-nous toujours tellement plus petits que nos projets ?

Si fort que je fasse, j’ai l’impression de manipuler un peu de boue, d’être comme un enfant qui joue avec sa nourriture dans son assiette, tant il est vrai que mes limites sont celles de la matière. (Pas seulement celles-là, bien sûr). Attente toujours insatisfaite du miracle qui fera que ce que je conçois, ce que j’ai “vu”  soit devant moi, là ! Le résultat de cette attente est un travail long et périlleux : coincé que je suis entre le danger du laborieux et la fascination de ce que donne le geste ; pris dans ceci que, s’il y a quelque chose à voir, je me trouve parfois, moi, si loin, alors, de ce que j’avais conçu que je ne vois plus grand chose.

Et les autres deviennent mes yeux, indispensablement. Ils y voient beaucoup moins, beaucoup plus, tout différemment, et, quand ils ont de la politesse, me disent ce qu’ils voient. L’aveugle et le paralytique. Je suis tour à tour l’un et l’autre, l’un parce que l’autre. Eternel problème du recul : n’être ni trop près - dans l’espace ou dans le temps - ni trop loin.

 

Arriver à trouver des moyens de conjoindre un geste évident, nécessaire et l’artifice indispensable à ce qui doit être composé. Il s’agit toujours de composer (de faire avec).

Est-ce que je retrouve ce que je cherche à voir d’abord par le geste ? N’est-ce pas en composant - en prenant en compte, en faisant avec - que je peux retrouver ce qui (de moi) ne se laisse pas voir spontanément ? Le geste, pour primordial qu’il soit, ne fait-il pas écran - par la tyrannie de sa nécessité, entre autres - à un “visible”, à un “à voir” qui ne se donne pas nécessairement par lui seul ?

 

Le style - un style - suppose des choix, donc des exclusions : “Je ne veux pas ceci”. Cela se transforme. Volontairement (je m’y sens à l’étroit) ou non (je vieillis, je vais plus vite ou plus lentement). Le multiple est tentant parce qu’il est en moi, versatile et contradictoire. Trouver le moyen de m’y abandoner. Et pourquoi craindre de perdre le fil. Il n’est pas étranger à moi-même. Je suis le fil de mon oeuvre. Vouloir le rendre évident, c’est composer non plus avec les impératifs de la matière ou de l’expression, mais avec la capacité d’entendement de l’autre.

Alors, parler pour être compris ou parler pour avoir dit. Est-ce vraiment une alternative ?

Non pas. Dès que je peins, c’est à voir.  Si je dis, c’est à entendre.  La question est 

“Comment voir ? Comment écouter ?”

Pas question ici du snobisme des “incompris”. Il s’agit de serrer au plus près mon indiscible à moi, ce qui me fait seul irrévocablement et montrable du doigt en tant que tel.

 

A y repenser la contrainte d’être compris est inhérente à l’expression. Exprimer, c’est “dire dehors” (uitleggen en flamand). Pas d’expression donc sans extérieur. Il faut donc qu’il y ait destinataire. Et cette contrainte fait partie de ce qui affine le style, de ce qui lui donne jour, même.

 

1997

 

 

 

 

Travaux en cours

 

 

Nues

 

Série de portraits en pied.

 

Série lumière :

 

"Blanc"

 

 

 

 

Littérature

 

Aux Editions Albertine, Paris
 
Février 2010

 

Petit traître, récit

Mars 2012
 
A paraître
Miroirs, nouvelles